Guang Ming ISMC

 

                Institut Supérieur de Médecine Chinoise


Saveur ‘infâme’ des soupes de plantes chinoises

Effectivement, les ‘soupes’ de plantes chinoises ont une saveur infâme, surtout la première fois qu’on les boit. Mais attention de ne pas rater l’occasion thérapeutique favorable pour une simple question de goût ! Quelques explications s’imposent.

Tout d’abord la forme médicinale habituelle et normale pour prendre des plantes chinoises est la décoction. Le médecin chinois prescrit par exemple un mélange de plantes suivant une formulation adaptée et personnalisée au patient à traiter (quantité moyenne : 50 à 120 g par jour). Ce n’est vraiment pas n’importe quoi ! Cela demande au départ de longues années d’études pour acquérir le savoir minimal pour pouvoir prescrire ce genre de produits (cinq années d’université en Chine, dont une année d’internat clinique). Quand la prescription est bien faite, elle a deux qualités majeures : tout d’abord elle est très efficace et permet de guérir ou d’améliorer des conditions devant lesquelles la médecine occidentale est parfaitement inefficace (Quand évidemment il y a indication. Il n’y a pas de miracle). Il y a 3000 ans d’expérience et plus de 50 ans de recherche clinique pour prouver cela.

Secundo, élément tout aussi important, la formule est parfaitement sûre et ne cause pas d’effets secondaires chez le patient. C’est le grand art de la médecine chinoise : soigner sans nuire (en principe la médecine occidentale a le même principe, mais à voir la légion d’effets secondaires de la plupart des médicaments, on peut se poser des questions).

Le troisième aspect dont il faut tenir compte, c’est qu’il y a un certain travail à préparer la décoction (c’est comme une soupe : elle doit cuire en moyenne trois quarts d’heure).

Le quatrième aspect est la saveur plus ou moins désagréable. Même les Chinois trouvent que ce n’est pas bon (et j’utilise un euphémisme). Pourtant depuis trois millénaires, ils n’arrêtent pas de l’utiliser, même dans les hôpitaux. Il doit y avoir une raison.

Quant à en vomir... la médecine chinoise a deux considérations à ce propos. Tout d’abord un patient qui vomit sa décoction est considéré en très, très mauvais état de santé (encore un euphémisme - je veux vous épargner un peu les dures réalités). Deuxième possibilité : la prescription ne convient pas du tout au patient parce que le médecin s’est trompé ! Dans ce cas c’est une bonne affaire de vomir le mélange qui peut faire plus de mal que de bien.

Mais il y a une troisième possibilité typiquement occidentale : c’est qu’on a le nez ou le palais tellement délicat, qu’on se dégoûte. On est gâté ! Et c’est tragique. Car on perd la faculté de se soigner autrement... et peut-être efficacement.

Pour faire face à cette situation, un certain nombre de thérapeutes fait appel aux herbes chinoises poudrées et conditionnées sous gélules. Là aussi il y a deux remarques importantes. Quand il s’agit d’extraits concentrés, fabriqués industriellement, la qualité de l’herbe est tellement appauvrie, qu’il ne lui reste que peu de vertus... sauf le goût déplaisant (qu’on découvre à l’occasion de renvois, tout aussi déplaisants). Quand il s’agit de poudres d’herbes crues sous gélules, on court cependant de réels risques de santé. En effet, un certain nombre d’herbes chinoises, très efficaces, contiennent des alcaloïdes toxiques, qui sont dégradés ou éliminés quand on cuit les herbes dans l’eau, mais qu’on avale entiers, avec tous les toxiques, quand on prend ces herbes sous la forme poudrée en gélules. La prudence s’impose.

Une petite anecdote pour situer combien les soupes d’herbes chinoises sont agréables à boire et combien les (vrais) traitements d’acupuncture sont plaisants... A l’issue d’un traitement d’acupuncture, le patient dit au praticien : « Vraiment, ces aiguilles, c’est insupportable. Donnez-moi plutôt des herbes ». Le praticien, stoïque (et respectueux des désirs du patient), s’exécute. Une semaine plus tard le patient l’appelle par téléphone : « Docteur, s’il vous plaît donnez-moi un nouveau rendez-vous. Finalement je préfère encore de loin les aiguilles aux herbes ». Comme quoi, tout est bien relatif.

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27/03/2010