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Les
cas cliniques du Dr. Shi Jiulong |
Cas 2
BD, homme, 21 ans, août 1995
Il est connu en médecine chinoise que les désirs
insatisfaits sont des causes majeures de maladies diverses et
notamment de désordres dits ‘psychologiques’. En voici un
exemple frappant.
Le patient avait depuis plusieurs années une
amie de coeur encore mineure et s’était soudainement mis en tête
qu’il était temps qu’il se marient, qu’ils aillent vivre
leur vie loin de leurs parents, qu’ils deviennent riches, etc.
Bien que les parents aiment beaucoup leur fils et aient déjà
accepté la jeune fille en question comme leur future
belle-fille, ils ne virent pas cette lubie subite d’un bon
oeil et firent gentiment obstruction. Réaction compréhensible
et prévisible, puisque ni l’un ni l’autre des jeunes époux
en puissance n’avait de travail ou de revenus.
Le jeune garçon entra rapidement dans un état
dépressif grave, qui fit décider le médecin traitant à la
collocation en une institution fermée. Quelques semaines plus
tard, les parents firent cependant opposition. Non seulement
l’état de leur fils ne s’améliora pas dans cette
institution psychiatrique, mais sa santé générale commença
à pâtir d’un régime qui manifestement ne lui convenait pas.
Les parents expliquèrent d’ailleurs : « Cela
nous fendait le coeur de voir notre fils parmi de vrais fous qui
se prenaient pour quelqu’un d’autre. Il n’était pas fou,
simplement sous le coup de notre refus. Il n’était pas à sa
place en cet endroit et nous l’en avons retiré ».
Le fils rentra donc à la maison, muni d’une
série de médicaments contre l’irritabilité et
l’agitation, doublés d’une série d’autres médicaments
pour éliminer les effets secondaires des premiers. Comme ils ne
voyaient pas de grands progrès, les parents décidèrent
quelque temps plus tard de consulter en médecine chinoise.
Lors de son examen le médecin trouve devant
lui un jeune homme grand et fort, au physique puissant, mais à
l’expression clairement avachie, ce qui fut sans doute causé
par les médicaments. Il note qu’il souffre d’insomnie avec
beaucoup de rêves, de fortes céphalées, de bourdonnements
d’oreille, de fatigue des yeux, de douleurs musculaires, de
tremblements des mains, d’une propension à l’agressivité
à peine contrôlée. Son pouls est en corde et glissant, mais
vide sur la rate, le coeur et le foie. La langue est rouge. La
palpation abdominale révèle une forte tension subcostale, des
palpitations bien perceptibles du nombril jusqu’au coeur et
une formation dure en forme de corde du nombril jusqu’au
public.
Il diagnostique un syndrome de congestion
marqué par un vide du sang, du foie et du rein, une dysharmonie
entre le coeur et le rein, une stagnation de l’énergie du
foie et prescrit Sui Qing Tang avec des modifications (65 g/jour
en décoction), une formule du Dr. Chen Shiduo, un des grands spécialistes
de la différentiation des syndromes suivant les cinq phases de
la dynastie Qing et donne immédiatement un traitement
d’acupuncture. La médication occidentale est provisoirement
maintenue.
Une semaine plus tard (et suite à
l’acupuncture, car le patient n’avait pas encore commencé
la prise des herbes) le sommeil du patient est normal et son
agressivité a notablement diminuée.
Encore une semaine plus tard (et cette fois-ci
après cinq jours de la formule citée), on note que la qualité
du sommeil s’est maintenue et que les douleurs musculaires et
l’agressivité ont entièrement disparu. Il reste encore un
peu de bourdonnements d’oreille, une sensation de glaires dans
la gorge, qui sont jaunes à l’expectoration, la bouche sèche ;
le pouls est mou et glissant, l’enduit est blanc et un peu
poudreux. Le pouls et la langue reflètent les améliorations
fondamentales qui ont déjà été obtenues. Le docteur chinois
adapte la prescription au changement de la condition et prescrit
Huanglian Wen Dan Tang avec des modifications, une des grandes
formules de la dépression par glaires chaleur de l’estomac
(et échauffement de la vésicule biliaire). En même temps les
médicaments occidentaux sont progressivement diminués.
Après deux semaines la condition est loin
d’être améliorée. Il se produit un tableau entièrement
nouveau qui rappelle le début de l’attaque dépressive. Sans
doute la diminution des médicaments y est-elle pour quelque
chose. Or comme les médicaments qui étaient prescrits n’étaient
pas aptes à guérir le patient, mais uniquement à le contrôler,
il est décidé de ne pas augmenter leurs dosages mais de donner
un traitement de médecine chinoise plus intensif.
Le médecin note les signes et symptômes
suivants : fortes transpirations spontanées, manque de
souffle et respiration haletante, oppression de la poitrine,
soif, agitation, sensation de fièvre, le tout aggravé au
contact du public. Le sommeil, l’agressivité, les douleurs
musculaires, les bourdonnements d'oreille ont cependant tous
disparu. Au lieu d’agité, le patient est maintenant léthargique.
La langue est rouge sur les bords antérieurs, le pouls est mou
et glissant.
Le médecin chinois considère qu’il y a une
diffusion d’humidité chaleur dans tout le corps du patient et
prescrit la combinaison de Bai Hu Tang et Gan Lu Xiao Du Dan,
modifiés, en décoction.
En deux semaines la plupart des symptômes ont
cédé, mais le patient reste assez léthargique, affaibli, sans
envie de faire quoi que ce soit. A l’effort il a des
palpitations, il transpire (transpiration odorante), tremble sur
ses jambes et il n’a pas d’appétit. Les selles ont molles
et très odorantes, l’urine jaune foncé. Le pouls gauche est
vide, le pouls droit est en corde. La langue est pourvue d’un
enduit trouble ressemblant à du yaourt et sa langue est assez
rouge. Son teint est jaune terne.
Manifestement il reste encore beaucoup
d’humidité chaleur dans le système, doublé d’un regain de
congestion de l’énergie du foie. Le médecin prescrit la
combinaison de Huanglian Wen Dan Tang et de Si Ni San.
Deux semaines plus tard, la situation a entièrement
changé. Il n’y a plus qu’un enduit anormal sur la langue,
qui reste cependant encore un peu rouge sur le devant. La
majorité des symptômes a disparu.
Le même traitement est reconduit.
Pendant plusieurs semaines encore, la
condition du patient varie, suivant la montée et la descente
des glaires, de l’humidité, de la chaleur et de la
congestion. Entre-temps il fait une attaque de furonculose assez
sérieuse, qui est réduite avec un traitement d’herbes en une
semaine seulement.
Début janvier 1996 sa condition s’est
remarquablement améliorée, de sorte qu’il peut reprendre le
travail. Dans les mois qui suivent il souffre encore de quelques
attaques de furonculose qui sont vite soumises avec des herbes
et d’une brève période d’impuissance avec érections
molles et éjaculation précoce, également réglés rapidement
avec le traitement de la médecine chinoise.
Vers la fin 2000, le patient vient retrouver
son médecin chinois. Il s’est marié avec son amie et ils
forment un couple parfaitement heureux. Ils travaillent tous les
deux et vivent dans une entente excellente avec leurs parents.
Il n’a plus eu de rechute de la dépression. Il désire
cependant consulter pour le traitement de sa furonculose, pour
laquelle il s’était à nouveau tourné toutes ces années
vers la médecine occidentale ... mais sans résultats durables.
Commentaires
Grâce à ses lectures approfondies des textes
du Dr. Chen Shiduo et à son expérience dans le traitement des
maladies mentales, le Dr. Shi Jiulong connaissait la puissance dévastatrice
que peuvent opérer les désirs insatisfaits chez une personne,
surtout quand elle est jeune. Malheureusement les maladies présentant
une telle étiologie deviennent de plus en plus communes dans
notre civilisation moderne et le syndrome de la fatigue
chronique en est un exemple frappant. Le cas était doublement
difficile à traiter, puisque le tableau clinique du patient était
non seulement dominé par les symptômes de sa maladie primaire,
mais largement compliqué par les effets secondaires de sa médication.
Or que faire dans un tel cas ? Plusieurs
difficultés se présentent. Théoriquement il existe un risque
d’interactions nocives entre les médicaments occidentaux et
les herbes chinoises. A un niveau moindre il y a la possibilité
que l’effet d’un produit inhibe l’effet thérapeutique ou
simplement symptomatique de l’autre ... de sorte que le
patient, doublement traité, se retrouve sans traitement du
tout. Ne vaut-il pas mieux s’abstenir sagement dans ce cas et
laisser le patient à la psychiatrie occidentale qui, à défaut
de le guérir, normalisera au moins son comportement social en
une certaine mesure ?
Or il existe des protocoles de traitement en médecine
chinoise qui permettent de faire face à ce type de situation.
Simplement le traitement ne doit pas être confié à un
dilettante en la matière, mais doit être mené par une médecin
expérimenté. Le Dr. Shi Jiulong s’est appuyé d’une part
sur les études disponibles sur les interactions connues entre
herbes et médicaments. Puis il a appliqué la démarche des
deux voies et des deux moments (à médicaments différents,
utiliser des voies d’administration différentes et des
moments de prise différents), ce qui minimise considérablement
les risques d’interactions. Cela au point de vue de la sécurité.
La deuxième difficulté résidait dans la
question de savoir comment discerner les symptômes causés par
la maladie primaire et ceux causés par les médicaments. La réponse
de la médecine chinoise est merveilleuse en cette matière. Il
ne faut pas les distinguer. Tant que le patient prend des médicaments,
les effets secondaires causés par ceux-ci font partie intégrante
du tableau pathologique du patient et ne doivent donc (et ne
peuvent pas) être dissociés du diagnostic global.
Il faut noter que pour le traitement de tels
cas il est largement conseillé de combiner l’acupuncture et
les herbes chinoises, leurs effets respectifs pouvant
s’additionner.
Il a fallu près de quatre mois pour guérir
la dépression de ce patient. Est-ce beaucoup ou est-ce peu ?
Il n’y a pas vraiment de référence pour en juger. Notons
cependant les points positifs : en une durée relativement
courte un patient de 21 ans souffrant d’une dépression
majeure (motivant une collocation) a été guéri complètement
par l’usage principal de l’acupuncture et des la phytothérapie
chinoises (le dosage des médicaments occidentaux ayant été
progressivement diminué pendant le traitement). Le traitement
n’a causé aucun effet secondaire et le patient a retrouvé
toute l’énergie de son âge.
Notons que pendant toute la durée de ce
traitement en médecine chinoise le patient est resté sous
l’observation de son psychiatre et qu’en fin de traitement
il prenait encore une fois tous les deux jours une petite dose
d’antidépresseur, pharmacologiquement inactif, mais « pour
ne pas rester sans rien ».
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